2013-05-24
Un hommage à Michel Jeury à Issigeac
Tout ce mois de juin, la commune d'Issigeac accueille une exposition consacrée à Michel Jeury, qui a écrit l'essentiel de son œuvre de science-fiction sur le territoire de la commune entre 1960 et 1987 (et certains de ses premiers écrits à Plaisance, dans le canton voisin). La presse a déjà annoncé cette exposition hébergée par l'Office de tourisme qui s'accompagne de plusieurs manifestations de l'intérêt porté par Issigeac à un de ses citoyens les plus illustres. Un segment de la départementale, communément appelée route de Bergerac, change de nom pour s'appeler rue Michel-Jeury. (En effet, Bergerac n'est pas loin et l'exposition rappellera aussi les origines locales de Cyrano de Bergerac, pionnier de la proto-science-fiction.) Le sud de la France comptera donc une nouvelle rue baptisée en l'honneur d'un auteur de science-fiction, puisque Béziers a donné le nom de Richard-Bessière à une rue de l'agglomération un peu plus tôt.
La rue Michel-Jeury sera inaugurée le 1er juin tandis que Gérard Klein et Natacha Vas-Deyres prononceront des conférences inaugurales le même jour. La fin de semaine des 8 et 9 juin comptera sur une conférence de Simon Bréan et deux tables rondes, avec Joseph Altairac, Jean-Claude Dunyach, Jean-Luc Rivera et Joëlle Wintrebert, notamment. Les 15 et 16 juin, Jean-Daniel Baltassat et Christian Grenier prononceront également des conférences en rapport avec le thème. Tous les détails sont disponibles dans un dossier de presse (.PDF) en ligne.
2013-05-21
Paris, les tons gris
Le temps gris de Paris efface le ciel,
délave les crépis, estompe les nuages,
étouffe tous les cris et l'élan des rouages
de la bruissante vie de la machine à zèle
Entre crachin et pluie, il ouvre les ombrelles,
car le jour ralentit pour que durent les pages
car les enfants s'ennuient comme au premier âge
et les moments fuient en un claquement d'aile
d'un pigeon noir et gris, angelot excavé
d'une triste féerie, gras et jamais pressé,
tel un fragment meurtri de l'amère grisaille.
Nulle part et ici, la ville hésite et part
sans aucun but précis, face au vent qui cisaille,
quittant ses bancs moussus pour l'été qui répare
délave les crépis, estompe les nuages,
étouffe tous les cris et l'élan des rouages
de la bruissante vie de la machine à zèle
Entre crachin et pluie, il ouvre les ombrelles,
car le jour ralentit pour que durent les pages
car les enfants s'ennuient comme au premier âge
et les moments fuient en un claquement d'aile
d'un pigeon noir et gris, angelot excavé
d'une triste féerie, gras et jamais pressé,
tel un fragment meurtri de l'amère grisaille.
Nulle part et ici, la ville hésite et part
sans aucun but précis, face au vent qui cisaille,
quittant ses bancs moussus pour l'été qui répare
Libellés : Poème
2013-04-19
La peur et la lumière
On meurt de tout manquer ou parce qu'on se craint,
étouffant par excès de maîtrise de soi
en s'imposant toujours la plus dure des lois
ravalant ses rages, refoulant ses chagrins
Car c'est en restant fort qu'on se casse les reins
par égard pour autrui qu'on sabote sa foi
par désir d'endurer qu'à la fin on se noie
comme pour mettre à notre seule vie un frein
Pourtant, le poids des ans abat notre énergie
longtemps avant que soit consumée la bougie
que nous brûlons pour brûler, anges dans la nuit
Mourons d'avoir trop brillé, les ailes usées
d'avoir trop volé, tel un astre qui a trop lui
las non de ses peurs mais d'avoir su s'amuser
étouffant par excès de maîtrise de soi
en s'imposant toujours la plus dure des lois
ravalant ses rages, refoulant ses chagrins
Car c'est en restant fort qu'on se casse les reins
par égard pour autrui qu'on sabote sa foi
par désir d'endurer qu'à la fin on se noie
comme pour mettre à notre seule vie un frein
Pourtant, le poids des ans abat notre énergie
longtemps avant que soit consumée la bougie
que nous brûlons pour brûler, anges dans la nuit
Mourons d'avoir trop brillé, les ailes usées
d'avoir trop volé, tel un astre qui a trop lui
las non de ses peurs mais d'avoir su s'amuser
Libellés : Poème
2013-04-18
La journée du CIRST en 2013
Aujourd'hui, le Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST) consacrait une première journée à ses thèmes de recherche. Le premier atelier était consacré à l'environnement du point de vue des études STS. Détenteur de la chaire de recherche du Canada en histoire environnementale du Québec, Stéphane Castonguay de l'UQTR livre un résumé de son exploration du sujet. Sa communication, « Le gouvernement des ressources naturelles : savoir, pouvoir et territoire », s'intéresse au rôle des scientifiques qui ont guidé la gestion par l'État québécois de ses ressources naturelles. Relativement à la création de la Commission géologique du Canada au niveau fédéral en 1842, les agences scientifiques en tant que telles apparaissent assez tardivement au Québec, le service forestier datant de 1909 et le service agronomique datant de 1913, après la jonction des universités et des écoles d'agriculture. Avant cette époque, ce sont des spécialistes autodidactes et des experts étrangers qui conseillent le gouvernement. Leurs activités prennent de nombreuses formes. Il y a la cartographie, l'exploration géologique et l'inventaire des ressources, mais il y a aussi la mise en valeur ou même l'amélioration des ressources grâce au reboisement, à la pisciculture clé de l'empoissonnement, au choix de cultures et d'élevages appropriés pour les sols québécois et à la délimitation des territoires, qui peut se traduire par la création de réserves variées. Les découpages mis en place par les agences scientifiques créeront des territorialités distinctes que les acteurs sociaux reproduiront, parfois, d'où l'importance de les étudier.
Professeur à l'UQÀM, Dany Fougères offre une périodisation de l'occupation du territoire du Québec dans sa communication « L'histoire de l'aménagement du territoire : une histoire environnementale ». Si l'aménagement est un ordonnancement des habitants, de leurs activités, des constructions, des équipements publics et des communications voulu par les pouvoirs publics, on peut distinguer plusieurs périodes historiques. Le Régime français est le temps de l'installation en terre canadienne. Jusqu'au milieu du XIXe siècle, la marque humaine reste superficielle et Fougères parle de nomadisme pour désigner la nature des activités humaines sur le territoire québécois qui font rarement appel à des infrastructures lourdes. Suit un siècle de colonisation et de quadrillage du territoire avec des canaux, des chemins de fer et des routes. Après la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle génération de professionnels et d'experts scientifiques profitent des pleins pouvoirs de l'État québécois pour imposer leur autorité. Depuis 1980 environ, toutefois, l'aménagement des villes et des régions ne peut plus se faire sans consultations avec le public. Fougères note que la modification d'un territoire passe souvent par une rencontre entre le négociable et le non-négociable, entre les nouveaux et les anciens usages. La première génération sur place oriente souvent les choix des générations ultérieures, car les possibilités écartées à l'origine sont rarement récupérables par la suite.
Le second atelier de la matinée portait sur l'entreprise, l'innovation et la recherche. Andrea Schiffauerova de l'Université Concordia présente « The effect of the small-world network architecture on knowledge and innovation production: The case of Canadian biotechnology ». Il s'agit du résultat d'une collaboration qui a étudié la structure rhizomatique de la biotechnologie canadienne sur une période de près de quarante ans, en se basant sur les articles parus et les brevets associés aux recherches dans ce domaine. Les nœuds du réseau correspondent à des personnes tandis que les liens les unissant correspondent à la co-paternité d'un brevet ou à la co-signature d'un article. La question, c'était de savoir si la biotechnologie canadienne avait la structure d'un small-world network caractérisé par une structure ni complètement régulière ni complètement aléatoire de telle façon qu'il existe des trajectoires plus courtes entre certains points et des grappes plus denses ou plus concentrées que dans le reste du réseau. Si c'était le cas, l'étude voulait déterminer l'effet de cette structure sur les flux d'informations et la création des savoirs. Bref, ce genre de réseau augmente-t-il la production scientifique ainsi que la qualité et la quantité de la production d'innovations?
Les données ont été explorées avec les méthodes de l'analyse de réseaux sociaux et les enquêteurs ont découvert que les grappes se renforcent dans le temps tandis que la longueur moyenne des trajectoires diminue (en convergeant sur la valeur mythique des 6 degrés de séparation), ce qui indique que la biotechnologie canadienne serait bel et bien devenue un small-world network. La transition a lieu vers 1985 et entraîne des effets mesurables sur le nombre de publications et de brevets, mais pas sur la qualité des brevets (qui est évaluée à l'aune du nombre de réclamations par brevet). L'existence de grappes de plus en plus intimement reliées (des « cliques ») réduit la productivité scientifique mais favorise l'application des découvertes. La centralité de certains acteurs ne gêne pas la production du savoir, mais elle pourrait gêner l'innovation ou la production totale. Dans la salle, Ted Porter demande si la tendance à la concentration est une cause ou un effet, ce qui reste sans vraie réponse. On signale aussi des études de l'OCDE en 2010 qui ont décrit les réseaux de collaborateurs dans différentes disciplines.
Serghei Floricel de l'UQÀM a ensuite présenté « Le rôle cognitif des représentations externes du savoir dans les projets d'innovation ». En invoquant tout de suite Le monde comme volonté et représentation de Schopenhauer, il nous a mené sur la piste des représentations (programmatiques? performatives? rhétoriques?) dans l'innovation, en se basant sur 17 études de cas et 232 réponses à un sondage (toujours en cours). Selon Floricel, les représentations sont sélectives, favorisent l'abstraction, assurent la préservation des connaissances retenues et simplifient évidemment la réalité dans une certaine mesure. Il inscrit les représentations dans un schéma à deux dimensions, les représentations subjectives allant de l'abstrait au concret (et vice-versa) et les représentations objectives du comparatif au causal. Il fait aussi intervenir des relations figées (sur-déterminées) et libres (sous-déterminées); dans ce dernier cas, le lecteur comble les trous, mais, parfois, les représentations en soi dictent l'interprétation des lacunes.
La communication de Sophie Veilleux de l'Université Laval, « L'internationalisation des entreprises de biotechnologie par les alliances stratégiques », présentait les résultats d'une étude des entreprises de biotechnologie à Montréal et à Boston du point de vue des liens avec des compagnies extérieures. Les résultats n'étaient guère surprenants : les firmes de Boston se tournaient davantage vers les ressources de leur propre pays que vers l'étranger, tandis que c'était l'inverse pour les firmes de Montréal. Elle note au passage que les partenariats avec l'étranger ne représentent pas la solution de prédilection de nombreuses entreprises, qui ne collaborent que parce qu'elles le doivent.
Enfin, Olivier Germain de l'UQÀM a offert un point de vue plus théorique de l'entrepreneuriat, en appliquant la philosophie (heideggérienne, entre autres) à la compréhension des stratégies et tactiques des entrepreneurs. Sa communication, « Émergence des opportunités, immanence de la stratégie »,distingue trois types d'entrepreneurs, celui qui repère/détecte les occasions, celui qui fabrique/suscite les occasions et celui qui, sans plan pré-établi, sait faire émerger les occasions.
Comme anglicisme, l'opportunité désigne l'occasion, mais le mot a pour sens premier celui du moment favorable à l'action. Quelque chose qui est opportun tombe à point. Germain suggère que les entrepreneurs pro-actifs, mais qui ne sont pas captifs d'une définition préalable de leur démarche, sont plus aptes à se montrer non seulement opportunistes mais capables de faire émerger l'occasion. Ils ne doivent pas évoluer dans un cadre déterminé et déterminant : l'émergence discrète et impensée suppose une disponibilité pleine et entière des agents, au contraire du repérage qui exige un « détachement théorique » où l'action correspond à un « mode de construction » parce que les buts sont pré-définis et les intentions priment.
En revanche, dans le cas de l'émergence, l'entrepreneur doit adopter un « mode d'habitation » qui précède la réflexion ou la représentation symbolique. Il est ouvert au moment et capable de se laisser porter par le potentiel d'une situation jusqu'à ce que la stratégie prenne forme. Bref, les acteurs de l'innovation sont immergés dans un contexte pratique où le monde est « à portée de la main» et la stratégie est immanente, car elle s'appuie sur la situation. Pour Germain, organiser l'émergence pourrait relever du bricolage décrit par Lévi-Strauss, qui impose de s'arranger avec les moyens du bord, au besoin en exécutant des tâches fort diversifiées. En définitive, Germain décrit une approche qui privilégie le potentiel plutôt que les finalités stratégiques.
Professeur à l'UQÀM, Dany Fougères offre une périodisation de l'occupation du territoire du Québec dans sa communication « L'histoire de l'aménagement du territoire : une histoire environnementale ». Si l'aménagement est un ordonnancement des habitants, de leurs activités, des constructions, des équipements publics et des communications voulu par les pouvoirs publics, on peut distinguer plusieurs périodes historiques. Le Régime français est le temps de l'installation en terre canadienne. Jusqu'au milieu du XIXe siècle, la marque humaine reste superficielle et Fougères parle de nomadisme pour désigner la nature des activités humaines sur le territoire québécois qui font rarement appel à des infrastructures lourdes. Suit un siècle de colonisation et de quadrillage du territoire avec des canaux, des chemins de fer et des routes. Après la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle génération de professionnels et d'experts scientifiques profitent des pleins pouvoirs de l'État québécois pour imposer leur autorité. Depuis 1980 environ, toutefois, l'aménagement des villes et des régions ne peut plus se faire sans consultations avec le public. Fougères note que la modification d'un territoire passe souvent par une rencontre entre le négociable et le non-négociable, entre les nouveaux et les anciens usages. La première génération sur place oriente souvent les choix des générations ultérieures, car les possibilités écartées à l'origine sont rarement récupérables par la suite.
Le second atelier de la matinée portait sur l'entreprise, l'innovation et la recherche. Andrea Schiffauerova de l'Université Concordia présente « The effect of the small-world network architecture on knowledge and innovation production: The case of Canadian biotechnology ». Il s'agit du résultat d'une collaboration qui a étudié la structure rhizomatique de la biotechnologie canadienne sur une période de près de quarante ans, en se basant sur les articles parus et les brevets associés aux recherches dans ce domaine. Les nœuds du réseau correspondent à des personnes tandis que les liens les unissant correspondent à la co-paternité d'un brevet ou à la co-signature d'un article. La question, c'était de savoir si la biotechnologie canadienne avait la structure d'un small-world network caractérisé par une structure ni complètement régulière ni complètement aléatoire de telle façon qu'il existe des trajectoires plus courtes entre certains points et des grappes plus denses ou plus concentrées que dans le reste du réseau. Si c'était le cas, l'étude voulait déterminer l'effet de cette structure sur les flux d'informations et la création des savoirs. Bref, ce genre de réseau augmente-t-il la production scientifique ainsi que la qualité et la quantité de la production d'innovations?
Les données ont été explorées avec les méthodes de l'analyse de réseaux sociaux et les enquêteurs ont découvert que les grappes se renforcent dans le temps tandis que la longueur moyenne des trajectoires diminue (en convergeant sur la valeur mythique des 6 degrés de séparation), ce qui indique que la biotechnologie canadienne serait bel et bien devenue un small-world network. La transition a lieu vers 1985 et entraîne des effets mesurables sur le nombre de publications et de brevets, mais pas sur la qualité des brevets (qui est évaluée à l'aune du nombre de réclamations par brevet). L'existence de grappes de plus en plus intimement reliées (des « cliques ») réduit la productivité scientifique mais favorise l'application des découvertes. La centralité de certains acteurs ne gêne pas la production du savoir, mais elle pourrait gêner l'innovation ou la production totale. Dans la salle, Ted Porter demande si la tendance à la concentration est une cause ou un effet, ce qui reste sans vraie réponse. On signale aussi des études de l'OCDE en 2010 qui ont décrit les réseaux de collaborateurs dans différentes disciplines.
Serghei Floricel de l'UQÀM a ensuite présenté « Le rôle cognitif des représentations externes du savoir dans les projets d'innovation ». En invoquant tout de suite Le monde comme volonté et représentation de Schopenhauer, il nous a mené sur la piste des représentations (programmatiques? performatives? rhétoriques?) dans l'innovation, en se basant sur 17 études de cas et 232 réponses à un sondage (toujours en cours). Selon Floricel, les représentations sont sélectives, favorisent l'abstraction, assurent la préservation des connaissances retenues et simplifient évidemment la réalité dans une certaine mesure. Il inscrit les représentations dans un schéma à deux dimensions, les représentations subjectives allant de l'abstrait au concret (et vice-versa) et les représentations objectives du comparatif au causal. Il fait aussi intervenir des relations figées (sur-déterminées) et libres (sous-déterminées); dans ce dernier cas, le lecteur comble les trous, mais, parfois, les représentations en soi dictent l'interprétation des lacunes.
La communication de Sophie Veilleux de l'Université Laval, « L'internationalisation des entreprises de biotechnologie par les alliances stratégiques », présentait les résultats d'une étude des entreprises de biotechnologie à Montréal et à Boston du point de vue des liens avec des compagnies extérieures. Les résultats n'étaient guère surprenants : les firmes de Boston se tournaient davantage vers les ressources de leur propre pays que vers l'étranger, tandis que c'était l'inverse pour les firmes de Montréal. Elle note au passage que les partenariats avec l'étranger ne représentent pas la solution de prédilection de nombreuses entreprises, qui ne collaborent que parce qu'elles le doivent.
Enfin, Olivier Germain de l'UQÀM a offert un point de vue plus théorique de l'entrepreneuriat, en appliquant la philosophie (heideggérienne, entre autres) à la compréhension des stratégies et tactiques des entrepreneurs. Sa communication, « Émergence des opportunités, immanence de la stratégie »,distingue trois types d'entrepreneurs, celui qui repère/détecte les occasions, celui qui fabrique/suscite les occasions et celui qui, sans plan pré-établi, sait faire émerger les occasions.
Comme anglicisme, l'opportunité désigne l'occasion, mais le mot a pour sens premier celui du moment favorable à l'action. Quelque chose qui est opportun tombe à point. Germain suggère que les entrepreneurs pro-actifs, mais qui ne sont pas captifs d'une définition préalable de leur démarche, sont plus aptes à se montrer non seulement opportunistes mais capables de faire émerger l'occasion. Ils ne doivent pas évoluer dans un cadre déterminé et déterminant : l'émergence discrète et impensée suppose une disponibilité pleine et entière des agents, au contraire du repérage qui exige un « détachement théorique » où l'action correspond à un « mode de construction » parce que les buts sont pré-définis et les intentions priment.
En revanche, dans le cas de l'émergence, l'entrepreneur doit adopter un « mode d'habitation » qui précède la réflexion ou la représentation symbolique. Il est ouvert au moment et capable de se laisser porter par le potentiel d'une situation jusqu'à ce que la stratégie prenne forme. Bref, les acteurs de l'innovation sont immergés dans un contexte pratique où le monde est « à portée de la main» et la stratégie est immanente, car elle s'appuie sur la situation. Pour Germain, organiser l'émergence pourrait relever du bricolage décrit par Lévi-Strauss, qui impose de s'arranger avec les moyens du bord, au besoin en exécutant des tâches fort diversifiées. En définitive, Germain décrit une approche qui privilégie le potentiel plutôt que les finalités stratégiques.
Libellés : Histoire, Sciences, Technologie
2013-03-29
Les prix Aurora/Boréal de cette année (2)
Après les livres, les nouvelles. C'est une catégorie un peu plus délicate puisque j'ai trois nouvelles en lice, mais je n'essaierai pas de les inclure dans mon top 10. Je dois aussi exclure de ce palmarès les nouvelles qui n'ont pas été publiées de manière professionnelle (deux nouvelles parues dans Brins d'Éternité 32 en feraient partie sinon).
Il fut un temps où L'Année de la science-fiction et du fantastique québécois offrait un classement des meilleures nouvelles de l'année, en fonction des notes attribuées par des critiques triés sur le volet. Depuis la disparition des anthologies, collectifs et recueils, le nombre de nouvelles de SFFFHCF est devenu si réduit que la tâche est plus facile, mais que le cercle des amateurs et créateurs évite difficilement les conflits d'intérêt. Comme je ne recule devant rien, je livre quand même (dans le désordre) mon top 10 approximatif, même s'il me reste encore une poignée de nouvelles à lire.
On notera tout d'abord que ce fut une bonne année pour le clan des Côté. La nouvelle « Tout à la fois » de David Côté dans Solaris abordait le thème rebattu de l'invasion extraterrestre de manière originale, à la fois par le ton de la narration et par la description de son déroulement. Les nouvelles « Le Disséminateur » et « Le fantôme dans le mécha » — également dans Solaris — de Philippe-Aubert Côté ont confirmé l'émergence d'un écrivain en pleine possession de ses moyens. En tant qu'amateur de bonne science-fiction, je ne pouvais qu'être sensible à ces efforts, mais j'ai aussi apprécié, quoique dans une moindre mesure, « La danse de Jasmine » dans la revue Zinc.
Même si on n'est jamais loin du pastiche avec Alain Bergeron, sa nouvelle « Aurores à venir » dans Solaris jouait habilement avec la thématique asimovienne en évoquant la nostalgie de la science-fiction optimiste d'une époque de plus en plus lointaine.
Si ses textes relèvent un peu aussi du pastiche, Luc Dagenais mise en revanche sur un ton beaucoup plus personnel dans ses nouvelles « Les dieux pure-laine » et « 514 YIH-OOPI », parus respectivement dans Solaris et Exodes. Son exploitation et son détournement de mythes québécois rappellent un peu la démarche de Claude Lalumière, mais les excès de la narration en font quelque chose de plus trash et de plus jouissif à la fois.
Également dans la veine du pastiche, Carlo Lavoie a fait se rencontrer le noir et le fantastique dans « Les adorateurs de sorcières » (une nouvelle parue dans Solaris) en optant plutôt pour la justesse de ton. Le résultat, sans être véritablement original, procurait un plaisir de lecture décalé aux amateurs des fictions d'hier.
Du coup, dans une année apparemment vouée aux hommages frisant le pastiche (et vice-versa), la nouvelle « Quand les pierres rêvent » d'Ariane Gélinas dans Solaris n'en paraît que plus singulière. Un peu énigmatique, mais certainement émouvante.
Deux vieux routiers, Hugues Morin et Francine Pelletier, ont signé en 2012 des nouvelles plus ou moins asimoviennes, « i-Robot » (dans Solaris) et « Trois fenêtres ouvertes sur l'humain » (dans L'Écrit primal). La maîtrise de l'écriture était au rendez-vous, mais l'intérêt du lecteur se perdait un peu dans les nuances et les demi-teintes de la narration.
Comme cela se fait aussi, j'accorderais volontiers des mentions honorables à quelques textes qui ressortent de l'abondante catégorie des nouvelles de bonne tenue, tout à fait abouties, mais peut-être un peu trop sages. Toutefois, plus je regarde la liste, plus j'ai tendance à croire que si certaines nouvelles sont restées en mémoire, c'était peut-être pour des raisons avant tout subjectives. Par conséquent, je vais m'en tenir à la liste ci-dessous, en espérant stimuler la lecture, la réflexion ou la participation aux prix Aurora/Boréal de cette année.
Il fut un temps où L'Année de la science-fiction et du fantastique québécois offrait un classement des meilleures nouvelles de l'année, en fonction des notes attribuées par des critiques triés sur le volet. Depuis la disparition des anthologies, collectifs et recueils, le nombre de nouvelles de SFFFHCF est devenu si réduit que la tâche est plus facile, mais que le cercle des amateurs et créateurs évite difficilement les conflits d'intérêt. Comme je ne recule devant rien, je livre quand même (dans le désordre) mon top 10 approximatif, même s'il me reste encore une poignée de nouvelles à lire.
On notera tout d'abord que ce fut une bonne année pour le clan des Côté. La nouvelle « Tout à la fois » de David Côté dans Solaris abordait le thème rebattu de l'invasion extraterrestre de manière originale, à la fois par le ton de la narration et par la description de son déroulement. Les nouvelles « Le Disséminateur » et « Le fantôme dans le mécha » — également dans Solaris — de Philippe-Aubert Côté ont confirmé l'émergence d'un écrivain en pleine possession de ses moyens. En tant qu'amateur de bonne science-fiction, je ne pouvais qu'être sensible à ces efforts, mais j'ai aussi apprécié, quoique dans une moindre mesure, « La danse de Jasmine » dans la revue Zinc.
Même si on n'est jamais loin du pastiche avec Alain Bergeron, sa nouvelle « Aurores à venir » dans Solaris jouait habilement avec la thématique asimovienne en évoquant la nostalgie de la science-fiction optimiste d'une époque de plus en plus lointaine.
Si ses textes relèvent un peu aussi du pastiche, Luc Dagenais mise en revanche sur un ton beaucoup plus personnel dans ses nouvelles « Les dieux pure-laine » et « 514 YIH-OOPI », parus respectivement dans Solaris et Exodes. Son exploitation et son détournement de mythes québécois rappellent un peu la démarche de Claude Lalumière, mais les excès de la narration en font quelque chose de plus trash et de plus jouissif à la fois.
Également dans la veine du pastiche, Carlo Lavoie a fait se rencontrer le noir et le fantastique dans « Les adorateurs de sorcières » (une nouvelle parue dans Solaris) en optant plutôt pour la justesse de ton. Le résultat, sans être véritablement original, procurait un plaisir de lecture décalé aux amateurs des fictions d'hier.
Du coup, dans une année apparemment vouée aux hommages frisant le pastiche (et vice-versa), la nouvelle « Quand les pierres rêvent » d'Ariane Gélinas dans Solaris n'en paraît que plus singulière. Un peu énigmatique, mais certainement émouvante.
Deux vieux routiers, Hugues Morin et Francine Pelletier, ont signé en 2012 des nouvelles plus ou moins asimoviennes, « i-Robot » (dans Solaris) et « Trois fenêtres ouvertes sur l'humain » (dans L'Écrit primal). La maîtrise de l'écriture était au rendez-vous, mais l'intérêt du lecteur se perdait un peu dans les nuances et les demi-teintes de la narration.
Comme cela se fait aussi, j'accorderais volontiers des mentions honorables à quelques textes qui ressortent de l'abondante catégorie des nouvelles de bonne tenue, tout à fait abouties, mais peut-être un peu trop sages. Toutefois, plus je regarde la liste, plus j'ai tendance à croire que si certaines nouvelles sont restées en mémoire, c'était peut-être pour des raisons avant tout subjectives. Par conséquent, je vais m'en tenir à la liste ci-dessous, en espérant stimuler la lecture, la réflexion ou la participation aux prix Aurora/Boréal de cette année.
Libellés : Boréal, Canada, Fantastique, Fantasy, Science-fiction
2013-03-27
Les prix Aurora/Boréal de cette année (1)
Les choix seront déchirants ! Cette année encore, les prix Aurora/Boréal seront décernés aux artistes, ouvrages et artisans plébiscités par les amateurs de la science-fiction, du fantastique, de la fantasy et de l'horreur d'ici dans le cadre du 30e congrès Boréal.
Mais il ne faut pas nécessairement se dépêcher de faire les mises en nomination. Il reste encore plusieurs jours jusqu'au 5 avril et il demeure possible de lire encore quelques livres avant d'effectuer ses choix. Quels sont les livres marquants de l'année 2012 ? Je n'ai pas tout lu, en particulier dans le secteur jeunesse, mais il y a quelques ouvrages qui ressortent du lot. Et ce n'est pas parce qu'Alire n'a presque rien publié dans le domaine en 2012 qu'il faut s'empêcher de lire ce qui s'est bel et bien écrit l'an dernier.
Pour stimuler la discussion, voici quelque chose comme mon top 10, mais pas nécessairement dans l'ordre exact que j'adopterais.
Chez Coups de tête, je retiens surtout Universel Coiffure de Caroline Allard. Faire de l'humour avec de la science-fiction, sans tomber dans la pantalonnade juvénile à la Dans une galaxie près de chez vous, c'est rare. Sans rivaliser pour autant avec Douglas Adams, Allard signe un texte où se rencontrent efficacement culture québécoise, allusions philosophiques, réflexion, science-fiction et humour. J'ai souri plusieurs fois et je crois bien que j'ai même ri.
Chez VLB Éditeur, Stéphane Dompierre a signé Corax, une histoire de fantôme qui s'inscrit dans l'univers partagé de « L'Orphéon ». Rien de très original dans la conception, mais l'écriture vaut le détour, car Dompierre parvient à distiller le suspense qui s'impose dans ce genre de récit fantastique, tout en l'agrémentant d'un dénouement à double détente. Le tout est un peu télégraphié, mais l'ouvrage reste un bon moment de lecture, que je recommande aux amateurs.
Chez les Six Brumes, dans la catégorie de la novella ou du très court roman, on a Le Chasseur de Geneviève Blouin. Cette dernière exploite des thèmes qui lui sont chers — la voie du sabre concerne ici un ancien spécialiste des arts martiaux qui doit affronter un avatar de la Vénus d'Ille. Le résultat est efficace et même un peu émouvant.
Anne Robillard et Bryan Perro ont donné naissance à un flot intarissable de fantasy québécoise. Dans les romans pour adultes, le premier tome du Choc des couronnes d'Yves Dupéré chez Hurtubise m'a semblé nettement supérieur au premier tome des Chroniques d'Ériande de Robusquet chez Michel Quintin. Si l'univers de Robusquet est plus développé, voire plus baroque, Dupéré maîtrise mieux la matière du romanesque. Surtout, Dupéré s'est permis de camper des personnages principaux suffisamment sympathiques pour que le lecteur s'identifie à ceux-ci. Ce qui lui donne un avantage indû sur la galerie de personnages trop souvent imbuvables de Robusquet.
C'est par la qualité de sa langue et de sa recherche historique que le roman Les laboureurs du ciel d'Isabelle Forest s'impose, car l'expérience de lecture est parfois ennuyeuse, voire pénible. Forest mise beaucoup sur la mise en scène soignée de chaque incident dans l'Europe du XVIIe siècle, mais elle a oublié d'élaborer une intrigue véritablement suivie. La chute sauve toutefois le roman, tout en mettant fin à l'histoire au moment où celle-ci donnait signe de devenir réellement intéressante.
Il faudrait glisser ici au moins un des romans jeunesse de Michèle Laframboise. J'ai déjà donné mon opinion du Labyrinthe de Luurdu, peut-être moins convaincant que certains des tomes précédents, de sorte que j'aurais tendance à favoriser Mica, fille de Transyl qui combine l'exotisme, le Bildungsroman, une construction de monde soignée et une héroïne dont la personnalité a plusieurs facettes. Le tout dans un cadre parfaitement science-fictif malgré la présence de vampires.
J'ai déjà parlé de Transtaïga d'Ariane Gélinas, un court roman publié par le Marchand de feuilles. Il peut sembler étrange de le rapprocher du recueil Enraciné de Mathieu Fortin chez les Six Brumes, car Gélinas se démarque par l'aisance de l'écriture et l'originalité de son récit aux rebondissements cruels. Pourtant, l'ensemble des nouvelles proposées par Fortin dans Enraciné compose une mosaïque qui évoque un terroir québécois diamétralement opposé au moyen Nord de Transtaïga, mais non moins authentique. Le désir de s'ancrer dans la réalité québécoise tranche sur le fantastique de la génération précédente (l'univers du cycle des Davard de Sernine habite un curieux entre-deux à mi-chemin entre l'Europe et le Québec). Le résultat, dans le cas de Fortin, est un recueil qui est bel et bien plus grand que la somme de ses parties. En revanche, le maniérisme de Gélinas dans la mise en scène de rebondissements de plus en plus gothiques tend à distancer le lecteur de ce qu'elle relate, de même que le choix d'une narratrice peu fiable, alors que la conviction pleine et entière de Fortin (qui rappelle un élément essentiel de la narration dans le réalisme magique sud-américain) joue sur le même registre faussement naïf que les conteurs traditionnels du Québec (à l'instar de la grand-mère de Gabriel García Márquez).
Mon goût pour la science-fiction m'incline à citer un dernier titre que j'ai apprécié, même s'il déborde sans doute le cadre strict de la science-fiction. Les limbes des immortels de Dominic Bellavance fait partie de la série des Clowns vengeurs lancée par Michel J. Lévesque chez les éditions Porte-Bonheur. Est-il absolument fidèle à l'univers partagé de la série? Je n'en suis pas absolument sûr, mais il l'exploite avec maestria pour imaginer l'évolution de deux personnages qui semblent préparer une suite où on ne s'ennuiera pas. C'est un peu injuste pour les autres auteurs de la série, dont certains volumes sont effectivement excellents, mais s'il ne fallait qu'en choisir un, ce serait celui de Bellavance.
La suite au prochain numéro.
Mais il ne faut pas nécessairement se dépêcher de faire les mises en nomination. Il reste encore plusieurs jours jusqu'au 5 avril et il demeure possible de lire encore quelques livres avant d'effectuer ses choix. Quels sont les livres marquants de l'année 2012 ? Je n'ai pas tout lu, en particulier dans le secteur jeunesse, mais il y a quelques ouvrages qui ressortent du lot. Et ce n'est pas parce qu'Alire n'a presque rien publié dans le domaine en 2012 qu'il faut s'empêcher de lire ce qui s'est bel et bien écrit l'an dernier.
Pour stimuler la discussion, voici quelque chose comme mon top 10, mais pas nécessairement dans l'ordre exact que j'adopterais.
Chez Coups de tête, je retiens surtout Universel Coiffure de Caroline Allard. Faire de l'humour avec de la science-fiction, sans tomber dans la pantalonnade juvénile à la Dans une galaxie près de chez vous, c'est rare. Sans rivaliser pour autant avec Douglas Adams, Allard signe un texte où se rencontrent efficacement culture québécoise, allusions philosophiques, réflexion, science-fiction et humour. J'ai souri plusieurs fois et je crois bien que j'ai même ri.
Chez VLB Éditeur, Stéphane Dompierre a signé Corax, une histoire de fantôme qui s'inscrit dans l'univers partagé de « L'Orphéon ». Rien de très original dans la conception, mais l'écriture vaut le détour, car Dompierre parvient à distiller le suspense qui s'impose dans ce genre de récit fantastique, tout en l'agrémentant d'un dénouement à double détente. Le tout est un peu télégraphié, mais l'ouvrage reste un bon moment de lecture, que je recommande aux amateurs.
Chez les Six Brumes, dans la catégorie de la novella ou du très court roman, on a Le Chasseur de Geneviève Blouin. Cette dernière exploite des thèmes qui lui sont chers — la voie du sabre concerne ici un ancien spécialiste des arts martiaux qui doit affronter un avatar de la Vénus d'Ille. Le résultat est efficace et même un peu émouvant.
Anne Robillard et Bryan Perro ont donné naissance à un flot intarissable de fantasy québécoise. Dans les romans pour adultes, le premier tome du Choc des couronnes d'Yves Dupéré chez Hurtubise m'a semblé nettement supérieur au premier tome des Chroniques d'Ériande de Robusquet chez Michel Quintin. Si l'univers de Robusquet est plus développé, voire plus baroque, Dupéré maîtrise mieux la matière du romanesque. Surtout, Dupéré s'est permis de camper des personnages principaux suffisamment sympathiques pour que le lecteur s'identifie à ceux-ci. Ce qui lui donne un avantage indû sur la galerie de personnages trop souvent imbuvables de Robusquet.
C'est par la qualité de sa langue et de sa recherche historique que le roman Les laboureurs du ciel d'Isabelle Forest s'impose, car l'expérience de lecture est parfois ennuyeuse, voire pénible. Forest mise beaucoup sur la mise en scène soignée de chaque incident dans l'Europe du XVIIe siècle, mais elle a oublié d'élaborer une intrigue véritablement suivie. La chute sauve toutefois le roman, tout en mettant fin à l'histoire au moment où celle-ci donnait signe de devenir réellement intéressante.
Il faudrait glisser ici au moins un des romans jeunesse de Michèle Laframboise. J'ai déjà donné mon opinion du Labyrinthe de Luurdu, peut-être moins convaincant que certains des tomes précédents, de sorte que j'aurais tendance à favoriser Mica, fille de Transyl qui combine l'exotisme, le Bildungsroman, une construction de monde soignée et une héroïne dont la personnalité a plusieurs facettes. Le tout dans un cadre parfaitement science-fictif malgré la présence de vampires.
J'ai déjà parlé de Transtaïga d'Ariane Gélinas, un court roman publié par le Marchand de feuilles. Il peut sembler étrange de le rapprocher du recueil Enraciné de Mathieu Fortin chez les Six Brumes, car Gélinas se démarque par l'aisance de l'écriture et l'originalité de son récit aux rebondissements cruels. Pourtant, l'ensemble des nouvelles proposées par Fortin dans Enraciné compose une mosaïque qui évoque un terroir québécois diamétralement opposé au moyen Nord de Transtaïga, mais non moins authentique. Le désir de s'ancrer dans la réalité québécoise tranche sur le fantastique de la génération précédente (l'univers du cycle des Davard de Sernine habite un curieux entre-deux à mi-chemin entre l'Europe et le Québec). Le résultat, dans le cas de Fortin, est un recueil qui est bel et bien plus grand que la somme de ses parties. En revanche, le maniérisme de Gélinas dans la mise en scène de rebondissements de plus en plus gothiques tend à distancer le lecteur de ce qu'elle relate, de même que le choix d'une narratrice peu fiable, alors que la conviction pleine et entière de Fortin (qui rappelle un élément essentiel de la narration dans le réalisme magique sud-américain) joue sur le même registre faussement naïf que les conteurs traditionnels du Québec (à l'instar de la grand-mère de Gabriel García Márquez).
Mon goût pour la science-fiction m'incline à citer un dernier titre que j'ai apprécié, même s'il déborde sans doute le cadre strict de la science-fiction. Les limbes des immortels de Dominic Bellavance fait partie de la série des Clowns vengeurs lancée par Michel J. Lévesque chez les éditions Porte-Bonheur. Est-il absolument fidèle à l'univers partagé de la série? Je n'en suis pas absolument sûr, mais il l'exploite avec maestria pour imaginer l'évolution de deux personnages qui semblent préparer une suite où on ne s'ennuiera pas. C'est un peu injuste pour les autres auteurs de la série, dont certains volumes sont effectivement excellents, mais s'il ne fallait qu'en choisir un, ce serait celui de Bellavance.
La suite au prochain numéro.
Libellés : Boréal, Canada, Fantastique, Fantasy, Science-fiction
2013-03-26
Les voyages du sous-marin jaune
Ce n'est pas si souvent qu'une nouvelle se fasse publier deux fois par la même revue, mais c'est ce qui est arrivé à « Terre de liberté », une histoire de science-fiction de ma plume parue dans le 125e numéro de Yellow Submarine en 1998, puis dans le 136e numéro qui vient de sortir. En son temps, le nom de la revue rendait hommage au célèbre film du même nom des Beatles en 1968, lui-même tiré de la chanson éponyme (sortie en 1966) d'un album réuni en 1969 dans la foulée du film. L'histoire du film se situait aux confins de la science-fiction et du merveilleux. Si l'expédition sous-marine des personnages pouvait rappeler les voyages du capitaine Nemo, les lieux visités et les personnages rencontrés en chemin relevait plutôt d'une fantaisie bonne enfant. C'était sans doute un modèle approprié pour le fanzine fondé en 1983 par André-François Ruaud, que j'ai rencontré pour la première fois au congrès Boréal de Chicoutimi en 1988. L'aventure du fanzine a duré de nombreuses années et la photo ci-dessous illustre plusieurs changements de maquettes et de formats. Le numéro 136 est une publication spéciale pour les trente ans de Yellow Submarine qui offre, sous une jaquette orange, une sorte de palmarès des textes les plus représentatifs du fanzine.
C'est donc toute une époque dont on fait le bilan : une époque caractérisée par l'importance donnée à l'imagination et à l'ouverture à l'altérité. Si des rumeurs suggèrent encore aujourd'hui que la compagnie Apple qui fabrique des iPod pourrait devoir son nom à la vénération de Jobs pour la compagnie Apple fondée par les Beatles, malgré les dénégations de Wozniak, c'est bien parce qu'il semblerait assez naturel que la production des Beatles, ouverte à de nombreuses expérimentations et formes de l'imaginaires, ait inspiré en partie une des compagnies au cœur de la révolution informatique des trente dernières années, justement...
Ce qu'on oublie parfois, c'est que le film Yellow Submarine était, dans une toute petite mesure, une production québécoise. Si le responsable du film, George Dunning, était un Torontois de naissance comme moi, expatrié aux États-Unis puis au Royaume-Uni, il a fait appel à un Britannique installé au Canada, Gerald Potterton, pour faire réaliser une partie de l'animation dans les studios de la compagnie que Potterton fondait justement en 1968 à Montréal. (Potterton serait à l'origine plus tard de l'adaptation de l'esthétique de la revue française Métal hurlant sous la forme d'un long métrage animé, Heavy Metal.) Oui, les sous-marins jaunes voyagent, sautent les frontières et relient le réel au merveilleux. C'est ce qui fait leur charme.
C'est donc toute une époque dont on fait le bilan : une époque caractérisée par l'importance donnée à l'imagination et à l'ouverture à l'altérité. Si des rumeurs suggèrent encore aujourd'hui que la compagnie Apple qui fabrique des iPod pourrait devoir son nom à la vénération de Jobs pour la compagnie Apple fondée par les Beatles, malgré les dénégations de Wozniak, c'est bien parce qu'il semblerait assez naturel que la production des Beatles, ouverte à de nombreuses expérimentations et formes de l'imaginaires, ait inspiré en partie une des compagnies au cœur de la révolution informatique des trente dernières années, justement...
Ce qu'on oublie parfois, c'est que le film Yellow Submarine était, dans une toute petite mesure, une production québécoise. Si le responsable du film, George Dunning, était un Torontois de naissance comme moi, expatrié aux États-Unis puis au Royaume-Uni, il a fait appel à un Britannique installé au Canada, Gerald Potterton, pour faire réaliser une partie de l'animation dans les studios de la compagnie que Potterton fondait justement en 1968 à Montréal. (Potterton serait à l'origine plus tard de l'adaptation de l'esthétique de la revue française Métal hurlant sous la forme d'un long métrage animé, Heavy Metal.) Oui, les sous-marins jaunes voyagent, sautent les frontières et relient le réel au merveilleux. C'est ce qui fait leur charme.
Libellés : Science-fiction, Écriture
