2014-09-17

 

Ma quatrième nouvelle dans Virages

Le nouveau numéro de la revue franco-ontarienne Virages inclut une nouvelle de science-fiction de ma plume, « Celle que j'abrite ».  Il s'agit de ma quatrième nouvelle publiée dans les pages de la revue que Marguerite Andersen dirige actuellement.  Si on retrouve aussi un collègue, Sébastien Chartrand, au sommaire du numéro, c'est toutefois pour une nouvelle réaliste.  Outre un conte onirique, « Le colosse aux trois yeux » de Michel Bref, les littératures de l'imaginaire sont  représentées par un conte fantaisiste, « Un bec, une queue, une électrolocalisation et une quête identitaire » de Vincent Paiement Désilets.


2014-09-12

 

Impulsion, de Bernard Henninger

En fait, il s'agit à peine d'un roman de science-fiction.  Il serait plus juste de l'appeler une fiction scientifique, mais il faut reconnaître que l'ouvrage combine une uchronie discrète (il est question de l'envoi d'une sonde privée vers Pluton, apparemment au siècle dernier) et une dose d'anticipation (les derniers chapitres se déroulent dans un futur évoqué avec retenue).

Henninger prend pour protagoniste, Bénédicte, une Française dont la vie sera vouée à la science et à l'exploration spatiale.  Tout commence un soir à la fac où elle attend en vain un homme et repère une annonce punaisée au babillard.  L'étudiante dépitée décide de participer au concours annoncé, que finance une richissime fondation privée des États-Unis qui profite des largesses d'un homme d'affaires d'origine indienne, Vestiboran, qui a fait fortune aux États-Unis.

Contre toute attente, Bénédicte obtient de participer à l'élaboration d'une sonde qui sera expédiée vers Pluton.  C'est le début d'une période de travail acharné à l'occasion duquel elle s'éprend d'un proche collaborateur, un jeune et génial mathématicien indien, Rudra.  Le lancement de la sonde à destination de Pluton et la mort foudroyante de Rudra mettent fin à cette phase de la vie de Bénédicte, dont l'existence sera désormais rythmée par les rendez-vous de la sonde avec les planètes majeures du système solaire, à des intervalles qui se comptent naturellement en années.

Henninger s'essaie à l'écriture d'un roman atypique, qui est centré sur la vie de Bénédicte après l'effervescence de la conception d'une sonde novatrice.  Faute d'avoir suivi le sacro-saint cursus français, Bénédicte se retrouve le bec à l'eau quand elle retourne en France après la mort de Rudra et tente de trouver un poste à la mesure de ses talents dans le système français.   L'essentiel du roman est consacré à ses avanies professionnelles, ses révoltes, ses moments de gloire quand la sonde fait les nouvelles en croisant une des planètes qui jalonnent son parcours jusqu'à Pluton, ses moments de découragement et le fatalisme qu'elle finit par acquérir.

Ce portrait de la double vie de Bénédicte, à la fois exploratrice de planètes et supplétive du système d'éducation, frappe fort et touche juste, il me semble.  Les épreuves de Bénédicte préparent la révélation finale, mais elles sont aussi une condamnation sans grand appel possible d'un système gangrené par les rigidités.  Il y a, dans l'humeur élégiaque des chapitres ultimes, ainsi que dans la rédemption finale de Bénédicte, quelque chose qui m'a rappelé la nouvelle « Requiem » de Heinlein.

Le volet scientifique du roman m'a laissé plus dubitatif.  Henninger recourt souvent à des périphrases et à des évocations lyriques pour traiter des activités professionnelles de Bénédicte.  Sur certains points, dont celui de la programmation de la sonde, il subsiste des zones d'ombre qui ne permettent pas de trancher.  L'auteur élude-t-il certains sujets pour éviter de lasser ses lecteurs avec des détails technico-scientifiques ou les élude-t-il parce qu'il ne les maîtrise pas ?  En général, toutefois, la narration demeure convaincante et on ne saurait en demander plus à un auteur.

Henninger a également choisi de faire parler un personnage féminin à la première personne.  Je ne me prononcerai pas sur la justesse de la personnification, mais il m'a semblé que le résultat était également convaincant, même si l'auteur s'accordait quelques facilités en cours de route.

Malgré les conseillers qu'il remercie, Henninger commet toutefois quelques bourdes qui n'auraient peut-être pas échappé à une relecture plus avisée.  Il parle d'orbites de « Lohmann » (au moins deux fois) quand il veut parler d'orbites (de transfert) de Hohmann (il suffit d'avoir lu ses classiques : dans le roman pour jeunes Space Cadet, Robert A. Heinlein rend hommage à Hohmann noir sur blanc).  Les personnages d'Impulsion profitent d'un séjour dans le Lot pour observer, en astronomes amateurs, la nébuleuse de la Carène.  S'il s'agit de la nébuleuse d'Eta Carina, c'est strictement impossible à moins de faire basculer la Terre sur son axe.  À -60 degrés de déclinaison, la nébuleuse n'est jamais visible du Lot à 44 degrés de latitude nord...  Et si l'anglais de Henninger est en général passable, le choix de baptiser « Astronomic Foundation » la fondation de Vestiboran n'a cessé de m'agacer les rétines, car si « astronomic » est une variante connue de l'adjectif « astronomical », ce dernier terme est de loin le plus répandu dans le domaine de l'astronomie et de l'astronautique.  Mon unique article comme chercheur dans le domaine est paru dans l'Astronomical Journal, par exemple.

Malgré ces quelques approximations, le mariage d'une destinée humaine atypique (avec son lot de grandeurs et de misères) et d'une aventure scientifico-technique extrêmement réaliste finit par fasciner.  La combinaison est loin d'être commune, en particulier dans le domaine francophone.  On songe à certains romans aujourd'hui oubliés, dans une veine tranquille et réaliste fouillée par des auteurs comme C. P. Snow, les Hoyle ou James Gunn (The Listeners).  Les péripéties proprement romanesques sont rares, mais c'est ce qui donne plus de profondeur à la rédemption finale de Bénédicte.

Libellés : , ,


2014-09-10

 

Un texte alexandrin dans Dimension Antiquité

Maintenant que j'ai mes exemplaires d'auteur, je peux annoncer officiellement la parution de ma nouvelle « Les cadeaux de Prométhée » dans l'anthologie Dimension Antiquité réunie par Meddy Ligner.  Cette anthologie succède à Dimension Préhistoire, où j'avais également une nouvelle.  Les deux sont toujours disponibles chez l'éditeur Rivière Blanche, mais il convient de noter que celui-ci ne livre pas au Canada (en raison de difficultés postales répétées).
Claude Aziza signe une sorte d'introduction sous forme de survol historique des liens entre l'Antiquité et la science-fiction (on peut aussi la retrouver sous la forme d'un article en ligne).  Assez curieusement, il omet de parler de Lucien de Samosate et il semble confondre Antoine Diogène, l'auteur supposé du roman (perdu) en vingt-quatre volumes Des choses incroyables que l'on voit au-delà de Thulé, et Hécatée d'Abdère, l'auteur probablement antérieur d'un récit de voyage à portée utopique, Sur les Hyperboréens.  (Sans doute qu'il a abrégé un peu trop rapidement des notes de travail bien antérieures à cette rédaction.)  Aziza aurait aussi pu mentionner la relation de voyage d'Évhémère de Messine sur l'île Panchaïe, mais il signale en contrepartie non seulement l'Ile fortunée d'Iambule mais aussi le très vénérable écrit de Thymoétès, Les Portes nyséennes, déjà relevé en son temps par Pierre Versins.

Chaque nouvelle de l'anthologie est préfacée d'un commentaire de l'auteur afin d'éclairer sa démarche.  Bref, je suis en bonne compagnie puisqu'on retrouve aussi dans cette anthologie Jean-Pierre Andrevon, Fabien Clavel, Frédérick Durand, Fabien Fernandez, Franck Ferric, Ariane Gélinas, Pierre Gévart, Meddy Ligner, Olivier May, Javier Negrete, Ketty Steward et Rachel Tanner.

Libellés : ,


2014-09-03

 

Lucy, ou comment faire de la science-fiction intelligente avec bêtise

À certains égards, Lucy est peut-être bien ce qui, en 2014, se rapproche le plus, avec Edge of Tomorrow et quelques autres efforts passés inaperçus, d'un film de science-fiction original.  Quand on écarte les suites, les films de superhéros (Guardians of the Galaxy est jouissif, oui) et les adaptations de romans (Divergent, The Giver), il ne reste plus grand-chose.

Cela dit, Lucy est un film incomparablement frustrant.  D'une part, Besson ne rate presque jamais l'occasion d'aligner un cliché, une ineptie ou une fausseté.  Mafia taïwanaise, implantation sous la peau de sacs d'une nouvelle drogue, plaisanterie sur la légende urbaine au sujet des vols d'organes, signaux de téléphones portables qui montent vers le ciel (parce que Besson croit qu'ils communiquent avec des satellites?), indigènes d'Amérique à cheval avant l'arrivée des Européens...  et tout un film qui repose sur le mythe voulant que l'être humain n'utilise que 10% de son cerveau.  D'autre part, Besson est un réalisateur de talent qui nous plonge tout de suite dans le vif du sujet et qui nous gratifie de fort jolies séquences (n'empêche que ses recherchistes auraient pu travailler un peu plus fort : il y a un clip de derviches tourneurs qui ressemble fort à un clip semblable dans The Giver).  En outre, il bénéficie du travail d'actrice de Scarlett Johansson qui donne un minimum d'humanité au personnage de la surfemme (qu'on n'a pas vu si souvent, avouons-le).  Au fond, c'est une autre version d'un grand récit de la science-fiction, celui de l'accession de l'humanité à un stade supérieur de l'évolution, qui remonte au moins à Stapledon.  Du Slan de Van Vogt à 2001:  A Space Odyssey, il en existe plusieurs versions.  Si le prétexte trouvé par Besson est plus ridicule que d'autres, il est permis de s'attacher aux conséquences qu'il en tire et à l'optimisme sous-jacent de l'idée même, optimisme qui est inscrit dans le code génétique progressiste de la science-fiction.

En fin de compte, on peut regarder Lucy en essayant d'apprécier le bon film de science-fiction camouflé par le mauvais film de Besson.  Bref, il faut apprécier le spectacle et le thème tout en faisant abstraction de l'argument...  Et voilà pourquoi on a des mots différents pour désigner des choses différentes.

Libellés : ,


2014-08-30

 

La Dayounak de Johanne Brodeur

Depuis quelques années, la science-fiction connaît un regain au Québec, qui est dû en partie à de nouveaux auteurs qui écrivent pour la jeunesse, comme Patrice Cazeault ou André Marois, et en partie à des auteurs qui s'auto-éditent, peut-être inspirés par les succès d'auteurs anglophones qui ont su trouver leur public en offrant des versions numériques de leurs ouvrages.  En 2013, Johanne Brodeur a fait paraître son premier livre, La Dayounak, un « roman illustré » qui se présente comme le premier tome de la série Sans Terre Sans Destin.  La page du pavé légal inclut d'ailleurs cet avis : « Ce roman n'a fait l'object d'aucune aide gouvernementale ni d'aucun crédit d'impôt fédéral ou provincial.  Il a été entièrement financé par l'auteur et son éditeur au bénéfice des jeunes lecteurs. »

Du point de vue technique, l'ouvrage échappe aux pires tares des livres auto-publiés.  Quelques coquilles à part, la typographie et le texte sont presque impeccables.  Les illustrations de Maxime Bigras sont d'un niveau honnête.  Curieusement, la seule partie du livre qui n'a pas été corrigée semble être la biographie de l'auteure qui rappelle qu'elle a lu « Azimov, Lover Craft, Zimmer, Clarke » (tels quels dans le texte).  Malgré cela, le roman démontre quelque chose qui échappe encore à certains créateurs, comme le Villeneuve de Mars et Avril : une histoire, ce n'est pas compliqué.  Il  suffit d'avoir un personnage (inoffensif, voire vaguement sympathique) pour qui les choses vont de mal en pis.

C'est le cas d'Ariane, une jeune mère terrienne qui est enlevée par des extraterrestres et qui se retrouve dans les entrailles d'une immense station spatiale, en compagnie d'extraterrestres appartenant à une multitude d'espèces différentes.  Comme elle ne comprend la langue de personne et que personne ne comprend la sienne, elle doit lutter pour survivre, trouver de quoi manger et un coin pour dormir dans les espaces clos d'une station envahie par des réfugiés de plusieurs mondes menacés par la guerre.  Néanmoins, elle se lie d'amitié avec une petite extraterrestre esseulée qui lui rappelle la fille dont elle a été séparée par son enlèvement.  La pauvrette est assassinée sous ses yeux par des individus particulièrement féroces et repoussants.  Ariane survit de peu aux aventures qui s'ensuivent et elle se rapprochera plus tard d'un groupe de réfugiés qui comprend deux petits enfants.  Parmi eux, il y a la vieille Messelti, sage et clairvoyante, ainsi que le beau Tashkâ, robuste et courageux mais glaçant.

Comme on le soupçonne rapidement, elle n'a pas croisé de parfaits inconnus.  La fillette extraterrestre et le petit groupe de réfugiés ont des rôles à jouer dans la politique interstellaire.  Après de nombreuses péripéties qui vaudront à Ariane de nouvelles vicissitudes (battue, affamée, transformée en esclave par des fanatiques religieux), celle-ci échappe enfin à son emprisonnement sur la station en compagnie de ses nouveaux amis : Tashkâ et les deux enfants qui sont les héritiers de la souveraine d'un puissant empire.  La greffe d'un traducteur universel lui permet enfin de commencer à s'exprimer et à comprendre ce qui se dit autour d'elle.  Néanmoins, elle doit faire face à l'hostilité de plusieurs membres de la Cour de Dame Abnakaïs où elle a abouti et elle est accusée d'avoir été impliquée dans un grave incident qui met la paix interstellaire en péril.

La narration va de l'avant malgré ses maladresses : on finit par s'intéresser au sort d'Ariane en dépit des coïncidences invraisemblables et des sous-intrigues inutiles.  Toute une partie du roman concerne un clan de fanatiques misogynes qui assume certaines responsabilités sur la station, fait trimer la pauvre Ariane comme une bête et s'entre-déchire.  Pourtant, si Akal, l'artiste gagné par un début de compassion pour Ariane, arrive à évincer l'ambitieux Zidor en se gagnant les faveurs du vieux Galt, tous ces personnages qui sont les premiers à acquérir un peu d'envergure disparaissent sans revenir — du moins, dans ce premier volume de la série.

Bref, La Dayounak relève d'une science-fiction romanesque un peu éculée, quelque part entre Star Wars et le space-opéra des années soixante et soixante-dix.  Les bons sont très bons et les méchants, très méchants.  Pour épicer le tout, il y a même une histoire d'amour.  Car, il allait de soi qu'Ariane allait tomber amoureuse du beau Tashkâ, malgré les particularités anatomiques propres à son espèce, et que celui-ci allait s'éprendre d'elle, même si quelques malentendus les séparent momentanément...  Cette dimension romantique m'a rappelé certains livres de Marion Zimmer Bradley ou d'Anne McCaffrey, comme Restoree (1967), traduit en français et intitulé Reconstituée (1982), où l'héroïne est une Terrienne enlevée par des extraterrestres qui va subir bien des avanies avant de tomber amoureuse d'un extraterrestre haut placé dans la hiérarchie de la planète où elle a abouti.

Comme dans Restoree ou Star Trek, les différences anatomiques entre toutes ces espèces extraterrestres ne semblent pas peser lourd.  De nombreuses espèces respirent le même air, mangent la même nourriture, parlent avec une bouche, sont bipèdes et sexués.  Et la politique des empires interstellaires est régie par des Nobles Maisons (on songera à Dune) et des assemblées qui semblent assez anachroniques.  Mais si on ne le reproche pas à Babylon 5 et au space-opéra, pas plus que les pouvoirs psi qui figurent dans La Dayounak comme dans ses sources d'inspiration, on ne peut pas le reprocher à Brodeur.  Celle-ci gère aussi avec une certaine difficulté le problème de la langue, ce qui l'oblige en cours de route à commencer à changer de point de vue, mais de manière assez gauche.

Dans la catégorie de la sci-fi auto-éditée au Québec, j'ai lu bien pire (Row, row, row your boat de Brigitte Labrecque, par exemple) et on se demande si, avec l'aide d'un bon éditeur, Brodeur aurait pu livrer quelque chose qui aurait ressemblé à un bon volume de science-fiction populaire.

Libellés : , ,


2014-08-24

 

Mars et Avril

Il n'y a pas tant de science-fiction québécoise au cinéma.  En fait, dans la catégorie des longs métrages, je ne pourrais citer à première vue que L'Effet (2013), Truffe (2008) et Dans le ventre du dragon (1989).  À la rigueur, Bunker (2014).  Et il y a Mars et Avril (2012) que j'ai enfin pu regarder hier soir.

Sans être aussi décourageant que Truffe — qui relevait du grand foutage de gueule au nom des mânes de la comédie psychotronique — et sans être aussi sympathique que L'Effet, Mars et Avril tient un peu des deux, mais il se rapproche sans doute le plus du film de Simoneau en 1989.  Comme Dans le ventre du dragon qui s'intéressait à l'immortalité, le film de Martin Villeneuve aborde de grands thèmes : la réalité et la virtualité, l'art et l'amour, l'infini et l'ennui.  Enfin, l'ennui infini, c'est peut-être celui du spectateur...

Si ennui il y a, on ne peut l'imputer au jeu d'acteur, car Villeneuve a recruté des vedettes du milieu québécois : Jacques Languirand, Caroline Dhavernas, Paul Ahmarani et Robert Lepage.  On ne peut l'imputer à la pauvreté des décors ou des effets visuels : ce Montréal futuriste (prévu pour 2022 — lorsque la reconstruction de l'échangeur Turcot sera terminée depuis deux ans ! — selon le photo-roman en deux volumes disponible chez la Pastèque) est somptueux grâce au calibre des artistes recrutés pour la production.  Non seulement Thierry Labrosse (Moréa) faisait partie des illustrateurs, mais François Schuiten (Les Cités obscures) a assuré la direction artistique.  Quant à la musique et à la trame sonore fournies par Benoît Charest (Les Triplettes de Belleville), la première s'écoute avec plaisir et la seconde n'est pas sans charme.

Qu'est-ce qui reste ?  L'histoire et les idées.  Le scénario aurait pu faire un bon épisode de vingt ou trente minutes à la télévision.  Jacob Obus est un musicien vieillissant dans un Montréal futuriste dont la population s'est entichée de ses performances toujours swinguantes, grâce à des instruments singuliers modelés sur des corps féminins, et qui passe pour un Don Juan alors qu'il n'a jamais fait l'amour de sa vie (sauf à ses instruments).  Une jeune et jolie photographe (et vidéaste) appelée Avril s'éprend de Jacob tandis qu'Arthur, le jeune concepteur des instruments de Jacob, s'éprend d'Avril.  Le père d'Arthur, qui fabrique les instruments conçus par son fils et qui est épris, lui, de théories fumeuses, intervient pour venir en aide aux deux amoureux lorsqu'Avril aboutit sur Mars en raison d'un accident de téléporteur.  Pour la récupérer, Jacob et Arthur plongent dans une réalité virtuelle onirique...  mais il faudrait que je regarde de nouveau la fin du film pour comprendre la justification précise de cette manœuvre.

Étirée sur 90 minutes, cette intrigue alourdie par des digressions métaphysiques et philosophico-cosmologiques révèle encore une fois le principal défaut des films québécois : l'incurie scénaristique.  En savons-nous assez sur Arthur pour comprendre pourquoi il tient à Avril ?  Sur Jacob pour savoir pourquoi il cède aux avances d'Avril ?  Sur Avril pour saisir ce qui la pousse vers Jacob ou Arthur ?  Quelles difficultés rencontrent-ils ?  Jacob avoue à Eugène qu'il manque d'expérience sexuelle, mais c'est un constat, pas une motivation : en est-il fier ?  honteux ?  est-il désintéressé ?  homosexuel ? curieux ?  fétichiste ?  Avril n'est semble-t-il qu'un joli visage, pas plus.  Si elle est en panne d'inspiration, c'est encore une fois un constat : pourquoi est-ce si important pour elle ?   Et Arthur n'est guère mieux défini.

L'action du film démarre vraiment quand Jacob n'arrive pas à jouer du nouvel instrument modelé sur Avril, dessiné par Arthur et fabriqué par Eugène.  (Parce qu'Eugène l'a saboté afin de pousser Jacob vers Avril pour éloigner son fils de la photographe ?  Sans doute que non.)  Ceci pousse finalement Jacob à se rapprocher d'Avril, qui est en quelque sorte instrumentalisée à double titre : transformée en instrument de musique dont Jacob veut jouer et en moyen charnel pour Jacob de retrouver le souffle voulu pour jouer de son nouvel instrument...  L'objectification féminine aura rarement été aussi flagrante, surtout que les courbes d'Avril se métamorphosent à l'écran en paysages martiens.

En fin de compte, le seul véritable rebondissement a lieu quand Avril disparaît d'une cabine de téléportation.  Or, une heure du film est déjà écoulée...  Bref, c'est à s'en arracher les cheveux.

Quant aux idées, elles auraient paru originales à l'époque de Philip K. Dick et de Star Trek, il y a cinquante ans.  (On se demande au passage pourquoi il y a encore des trains ou métros dans un monde doté de cabines de téléportation...)  Le père d'Arthur, Eugène Spaak, a une tête holographique qui, dans le film, semble suggérer qu'il a téléchargé son esprit sur un support informatique, mais les explications de Villeneuve dans les médias sont moins claires.  La vieille idée de la musique des sphères semble être prise plus ou moins au pied de la lettre tandis que le film s'embourbe aussi dans le compte-rendu d'un voyage martien qui enchaîne les absurdités.

Lily a tout de suite relevé qu'on entendait la fusée martienne décoller de la surface de la Lune...  et il semble y avoir des entrevues en direct entre les marsonautes de la fusée et une personnalité de la 3D-vision sur Terre, malgré le décalage temporel qui devrait grandir entre Mars et la Terre (les ondes électromagnétiques ne pouvant assurer une liaison instantanée).  C'est peut-être un indice que l'expédition est une supercherie montée en studio (comme les marsonautes l'affirment dans une scène rêvée ou une réalité virtuelle de la dernière demi-heure) ou simplement une bévue de Villeneuve.

Néanmoins, les touches fantaisistes de la création de Villeneuve évoquent parfois les univers de Boris Vian d'une manière assez agréable et il est possible de beaucoup pardonner à ce film rien que pour la qualité de la construction visuelle et sonore.  Seulement, si on espérait tomber sur une histoire un tant soit peu dramatique dans un univers de science-fiction construit avec soin, il faudra attendre que les organismes subventionnaires québécois et les cliques culturelles du Québec se décident à soutenir de véritables créateurs de science-fiction — ou à se défaire de l'idée (trop influente dans la tradition française) que la science-fiction n'est bonne qu'à illustrer (lourdement) des allégories superficielles.

Libellés : , ,


2014-08-23

 

Quelques capsules historiques de ma plume (2)

J'avais déjà signalé la parution de deux manuels de physique pour l'enseignement collégial québécois auxquels j'avais contribué des capsules historiques.  Le troisième volume sort en ce moment et il comporte des capsules de ma plume sur Thomas Young, Augustin Fresnel, James Clerk Maxwell et Ernest Rutherford.
 

Libellés : ,


This page is powered by Blogger. Isn't yours?